Culte du 1er avril 2007 Prédicateur : Marie-Claude WOLFF
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« Vous avez dit : limites ? »
Lecture biblique :
Galates 6 : 1-5 et 7
Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté.
Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Christ.
Si quelqu’un pense être quelque chose, quoiqu’il ne soit rien, il s’abuse lui-même.
Que chacun examine ses propres oeuvres, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport à autrui;
Car chacun portera son propre fardeau.
Ne vous y trompez pas: on ne se moque pas de Dieu. Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi.
Romains 14 : 12
Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même.
Message :
J’ai une amie, elle ne va pas bien. Elle me téléphone à 11 heures du soir. Je sais que demain, je dois être en forme, et que pour cela, il faut que je sois couchée tôt. Est-ce égoïste de ne pas accepter de parler longtemps avec mon amie ?
Vous êtes en famille, au moment du repas du soir. C’est le seul moment où vous pouvez être tranquille avec votre famille, et vous envisagez de mettre le répondeur pour ne pas être dérangé. Le téléphone sonne. Vous voulez ne pas répondre, mais vous vous dites que c’est peut-être quelqu’un qui a besoin d’aide. Vous décrochez. « Allô, je ne vous dérange pas ? » Vous répondez : « Non, non », sachant que vous êtes en train de mentir. C’est la coordinatrice du groupe de dames de l’église, qui vous demande si vous voulez accepter la responsabilité de diriger la retraite. Vous vous sentiez fatiquée, et vous pensiez justement participer à cette retraite en tant que bénéficiaire et profiter de ce temps pour avoir du repos pour vous. Mais il n’y a personne pour ce poste. Allez-vous accepter ce travail malgré tout ?
Une autre de vos amies est déprimée. Elle est embauchée depuis quelques mois dans une société, et un de ses collègues s’est mis à lui demander de menus services, et ces services sont devenus quotidiens. « Tiens, tu passes par la cafette, tu peux déposer ce dossier pour moi au bureau d’un tel ? » Elle se rend progressivement compte qu’elle s’est mise à faire le travail de l’autre.
Que dit Dieu, au sujet des limites ?
Dès le premier livre de la Bible, nous voyons que Dieu sépare, que Dieu limite : Dieu sépare la lumière d’avec les ténèbres. Dieu sépare les eaux d’en haut avec les eaux d’en bas. Dieu donne à la mer une limite qu’elle ne doit pas franchir. La notion de limites se retrouve dans la nature toute entière de Dieu.
Dieu a aussi fixé des limites claires, entre lui et sa création. Dieu est distinct de ce qu’il a créé. La création n’est pas, contrairement à ce qu’on pense dans le panthéisme, une émanation ou une prolongation de Dieu.
C’est aussi un Dieu qui se différencie, comme personne. Dieu exprime clairement ce qu’il est, et ce qu’il n’est pas. Par exemple, il est lumière, et non ténèbres, dans Jean 1 :5. Il est amour, dans Jean 4 :16. Dieu exprime aussi clairement ce qu’il aime, et ce qu’il n’aime pas. Par exemple, il dit : « Vous n’aurez pas d’autres dieux devant ma face. » Il dit aussi ce qu’il permet, et ce qu’il ne permet pas.
Jean 3 :18 dit : « Celui qui croit au Fils n’est pas condamné. Mais celui qui ne croit pas, celui-là est déjà condamné parce qu’il n’a pas cru au Fils unique de Dieu. » Ainsi, Dieu nous dit : si tu crois, tu es sauvé ; mais si tu ne crois pas, tu es déjà condamné. Dieu nous invite à sa communion, mais il laisse dehors ceux qui ne veulent pas croire en lui. Cette attitude d’affirmation procure des ennemis, et Jésus en a eu.
Or, Dieu nous a créés à son image, et nous sommes appelés, comme lui, à développer des limites.
Les limites, pourtant, ne sont pas des murs. Au contraire, c’est grâce à ces limites que nous pouvons entrer en contact avec autrui, savoir où il se trouve.
Alors, pourquoi des limites ? Pourquoi y a-t-il par exemple une clôture autour de votre bâtiment ? A quoi sert-elle ?
Cela délimite la propriété : ce qui est à nous, et pas aux autres.
Cela montre aussi notre responsabilité : nous sommes responsables de ce qui se passe à l’intérieur de notre propriété.
Cela définit aussi les personnes qui sont les bienvenues par rapport aux voleurs.
La vie spirituelle a aussi ses limites. Proverbes 4 :23 dit : « Garde ton cœur plus que tout autre chose, car de lui viennent les sources de la vie. » Le cœur, dans la pensée hébraïque, est le siège de l’intelligence, des émotions, de la volonté. C’est ce qui représente toute la personne. Et donc, il y a une clôture spirituelle, pour garder le bien dedans, mettre le mal dehors, et comprendre notre responsabilité. Et le but de tout cela, c’est d’accroître notre capacité d’aimer.
Je voudrais vous avertir de quelque chose : ceux qui ont vécu des dominations abusives dans leur enfance ont beaucoup de mal à poser des limites, à savoir dire non. Mais le Seigneur veut certainement nous faire progresser dans ce chemin.
Quelles limites devons-nous mettre en place ?
1- D’abord dans les paroles. Matthieu 5 :37 dit : « Dites simplement "oui" ou "non". Ce qu’on dit en plus vient de l’esprit du mal.» Quand c’est oui, il faut juste dire oui, et quand c’est non, juste dire non. La Bible est catégorique, ce qu’on ajoute comme paroles vient du Malin ! Il ne faut pas des limites floues, mais claires. Cela me fait penser à la parabole du fils prodigue. Lorsque le cadet demande sa part d’héritage, le père est triste, mais il ne fait pas de scène, il le lui donne et le laisse partir. Le « non » du cadet a été un « non » clair : « Non, père, je ne veux pas rester avec toi et travailler pour toi. » Et le fils aîné ? Son « oui » n’était pas un « oui » clair. Il disait oui de la bouche, mais non de son cœur. Vous savez, Dieu préfère de notre part un « non » qui soit clair et vrai, plutôt qu’un « oui » contraint et faux. Il veut des paroles vraies. Tout simplement que c’est à partir de là qu’il peut travailler avec nous, et avoir une vraie relation avec nous, tout comme le fils prodigue a pu revenir vers son père pour de bon.
Le « non » permet de mettre fin à une situation abusive. « Je n’aime pas que tu cries sur moi de cette façon. » «Si tu ne vas pas en centre de désintoxication, je ne resterai pas avec toi. » Cela permet de fixer des limites au mal qui est fait. Il ne faut jamais tolérer le mal. Ainsi que le dit Matthieu 18 :15, « «Si ton frère te fait du mal, va le voir et fais-lui des reproches quand tu es seul avec lui. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. »
2- Mettre des distances
On le lit en Marc 3 : 6-7. Lorsque les Pharisiens veulent comploter entre eux pour faire mourir Jésus, ce dernier se retire des contrées de la Judée pour aller ailleurs. Nous de même, lorsque le mal s’approche de nous, éloignons-nous physiquement, géographiquement.
Mais il n’y a pas que les distances géographiques. Il y a la distance émotionnelle. Voyons en Marc 3 : 21-31 : lorsque la famille proche de Jésus, sa mère et ses frères, l’envoient chercher, croyant que Jésus est devenu fou, celui-ci s’écrie : « Qui est ma mère, qui sont mes frères ? » Puis, regardant ceux qui sont autour de lui, il dit : « Celui qui fait la volonté de mon Père, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère. »
Le but recherché, lorsque nous mettons cette distance, c’est de faire réfléchir la personne concernée à travers le vide relationnelle ainsi créé, et provoquer la repentance.
Nos devons aussi prendre du temps à part. C’est pour cela que Dieu nous a donné le sabbat. Pour nous permettre de mettre de la distance entre nous et nos activités, qui pourraient autrement devenir notre maître.
Les distances sont nécessaires pour éviter les relations fusionnelles, entre parents et enfants. Eclésiaste dit : « Il y a un temps pour tout, un moment pour toutes choses sous les soleil. Un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner de l’étreinte. » Cela est nécessaire pour l’équilibre de notre vie, pour se retrouver soi-même.
3- Ne pas entraver le principe divin de la moisson et de la récolte.
C’est par exemple l’histoire vécue d’un homme, sans travail, qui dépense de grandes sommes tous les mois pour son téléphone. Et chaque mois, c’est sa mère qui paie les factures. Où se situe le problème ? C’est que la mère n’a pas laissé le fils récolter le fruit qu’il a semé. Ce principe est indispensable pour nous apprendre à avoir de bonnes limites. 2 Thessaloniciens le dit sans ambages : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » Ne pas faire subir à quelqu’un les conséquences de ses actes, c’est lui dérober sa responsabilité. Dieu, lui, nous tient pour responsables.
Un mot encore pour balayer certains mythes, qui pourraient nous empêcher de poser nos limites…
« Si tu poses des limites, tu es égoïste ! »
Faisons bien la différence entre égoïsme et intendance. Qu’est-ce que l’égoïsme ? C’est de penser à ses propres désirs sans penser à ceux des autres. Nous avons tous des désirs et des besoins, et Dieu ne les condamne pas. Et être intendant, c’est quoi ? C’est bien gérer et prendre soin des biens qui nous ont été confiés. Exemple : si je suis gérant d’un magasin, et accepte de faire crédit à tout le monde, que se passera-t-il ? Le magasin fera faillite…Nous avons besoin de gérer ce que Dieu nous a confié, notre temps, notre force, notre santé, nos ressources, nos biens…Dieu ne veut pas que nous donnions tout à tout le monde sans réfléchir. Donc, dire non à certaines choses, ce n’est pas être égoïste, mais être un bon intendant. Je pense à la parabole du bon Samaritain, celui qui a trouvé un blessé sur la route et qui l’a soigné et emmené dans une auberge. Qu’a-t-il fait ensuite ? Il a donné de l’argent à l’aubergiste pour qu’il prenne soin du blessé : « Si tu as dépensé plus, je te le rembourserai à mon retour. » Imaginons que le blessé lui dise : « Oh, non, non, reste avec moi ! je ne veux pas que tu t’en ailles ! » Si ce Samaritain était resté, que se serait-il passé ? Ses affaires auraient périclité, et il finirait par ne plus pouvoir aider qui que ce soit, car lui-même deviendrait un indigent qui a besoin d’être secouru !
Galates nous parle de deux genres de fardeau. Il y a celui qu’on doit aider à porter : « Portez les fardeaux les uns des autres » La personne ne peut pas le porter toute seule, et a besoin d’aide. C’est cela aussi que Christ a fait pour nous. Il a porté sur lui le fardeau de nos péchés, qui nous était impossible à porter. Mais au verset 5, il est question d’un fardeau personnel, la charge que tout homme doit porter et dont il aura à rendre compte à Dieu. C’est le paquetage du soldat, et c’est le même mot qu’en Matthieu 11 : 28 où Jésus dit : « mon joug est doux, et mon fardeau léger. »
« Poser des limites, ça va blesser l’autre. »
C’est vrai que dire non, lorsque nous ne pouvons pas, cela peut causer une gêne sur le coup. Mais si nous ne répondons pas au besoin de la personne, celle-ci se tournera vers d’autres pour être aidée. Dieu, lui, n’a aucun problème pour dire non. Lorsque Paul a prié trois fois le Seigneur de lui retirer l’écharde morale qui le tourmentait, Dieu n’a pas changé d’avis ni dit : « Bon, OK… » Lorsque Jésus, dans le jardin de Gethsémané, a prié le Père « Que cette coupe s’éloigne de moi », Dieu n’a pas changé d’avis. Dieu a en vue notre bien, ce qui est le meilleur. Souvenons-nous que nous sommes des intendants, et que nous devons gérer nos capacités.
« Poser des limites, c’est être ingrat. »
Edouard est un fils unique, et il se sent très troublé. Ses parents ont toujours pris soin de lui. Après son mariage avec Judith, il retournait chaque week end chez ses parents pour leur rendre visite. Puis vient une offre d’emploi intéressante, et là, les problèmes commencent à se corser. Tout d’un coup, l’attitude de ses parents change. Ils se mettent à lui raconter les problèmes de santé du père, la solitude de la mère… « Après tout ce que nous avons fait pour toi, comment peux-tu nous laisser ? » Question : qu’est-ce que je dois à quelqu’un qui a beaucoup fait pour moi ?
Jésus, quand il est mort sur la croix, il l’a fait sans rien attendre en retour de nous. On se dit parfois : « Oui, il a donné sa vie pour moi, en sachant que je lui donnerais la mienne plus tard… » Mais ce n’est pas vrai. Ce n’était pas un marché, donnant donnant. Il n’y a pas de calcul à la croix. Jésus nous dit « Je le fais pour toi, parce que j’ai vu ta situation. Si je ne mourais pas pour toi, tu irais en enfer. Alors je l’ai fait, par amour, que tu me dises oui ou que tu me dises non. » 1 Corinthiens 13 le dit : « L’amour ne cherche pas son intérêt. » Donc, le chantage affectif ne vient absolument pas du Seigneur. Dieu cherche le bien de celui qu’il aime, et Dieu veut que nous aimions les autres de cet amour gratuit.
Aimer, c’est oser dire non.
Si Dieu vous a révélé des difficultés à poser des limites, ne combattez pas seuls. C’est un vrai combat spirituel, et il faut que vous soyez entourés par un groupe de soutien, pour prier et vous accompagner.
Que le Seigneur nous aide tous, à grandir en maturité. Il est un Dieu clair, sans ambages, qui dit qui il est, ce qu’il aime, et ce qu’il veut.